Mise en forme d'un dossier d'instruction documentant les déclarations, postures et controverses qui ont nourri, depuis 2012, l'accusation récurrente de mobilisation de tropes antisémites.
Depuis 2012, Jean-Luc Mélenchon est régulièrement mis en cause pour des déclarations qui, sans être ouvertement antisémites au sens d'une haine assumée des Juifs, mobilisent ou frôlent des registres reconnus par les historiens comme caractéristiques de l'imaginaire antisémite : la « finance internationale » comme catégorie suspecte (Moscovici, 2013), le « peuple déicide » (Jésus mis en croix par « ses propres compatriotes », BFMTV, 2020), le complot communautaire imputé au CRIF (« ukases arrogants des communautaristes du CRIF », 2019), la mise en cause d'une « communauté agressive » (Grenoble, 2014), le mot « campe » à propos d'une responsable d'origine juive se rendant en Israël (octobre 2023), la comparaison du président de l'université de Lille à Eichmann (avril 2024), et la qualification « résiduelle » de l'antisémitisme en France au moment où les actes antisémites bondissent de 300 % au premier trimestre 2024 (juin 2024). À ces faits s'ajoute, depuis 2023, une série de positionnements de LFI — dont Mélenchon est la figure tutélaire — qualifiés par des historiens (Robert Hirsch, Marc Knobel) et des organisations (CRIF, LICRA, UEJF) de « minimisations » de l'antisémitisme contemporain. Mélenchon dénonce systématiquement une instrumentalisation politique et revendique un bilan antiraciste constant. Il n'a jamais été condamné pour antisémitisme. Le caractère répété et étalé sur plus d'une décennie de ces séquences alimente toutefois, jusqu'au sein de la gauche (PS, EELV, PCF) et chez des historiens juifs de gauche, l'hypothèse d'une stratégie politique au moins consciente du capital polémique qu'elle génère.
En marge du 3e congrès du Parti de gauche à Bordeaux (23 mars 2013), Jean-Luc Mélenchon, interrogé par la presse sur Pierre Moscovici, alors ministre de l'Économie, déclare que ce dernier a « un comportement de quelqu'un qui ne pense pas français, qui pense finance internationale » (selon la dépêche AFP initiale ; un enregistrement diffusé par Politis rétablira ensuite la formule exacte : « qui ne pense plus en français, qui pense dans la langue de la finance internationale »). Pierre Moscovici est juif.
Le PS (Harlem Désir, alors premier secrétaire) qualifie immédiatement les propos de « vocabulaire des années 1930 ». Nathalie Kosciusko-Morizet (UMP) dénonce l'idée qu'on puisse être « plus lié à la finance internationale qu'à son propre pays » comme « termes utilisés à d'autres époques et par d'autres personnes ». Manuel Valls, ministre de l'Intérieur, parle de propos « inacceptables ». L'opposition « Français / finance internationale », et plus encore l'idée d'une double allégeance (« ne pense plus en français »), figure dans toutes les recensions historiques des stéréotypes antisémites de l'entre-deux-guerres.
Au meeting de clôture du congrès, le 24 mars : « J'ignorais quelle était la religion de Pierre Moscovici et je n'ai pas l'intention d'en tenir compte dans l'avenir. Mais si un jour, parce qu'il est juif, [Moscovici] était menacé, il nous trouverait tous, comme un seul corps, pour le défendre. » Il accuse Harlem Désir d'instrumentaliser l'antisémitisme.
Interrogé par Apolline de Malherbe sur la posture des forces de l'ordre face aux manifestants (« est-ce que les forces de l'ordre doivent être comme Jésus sur la croix qui ne réplique pas »), Mélenchon répond : « Écoutez, je ne sais pas si Jésus était sur la croix. Je sais qui l'y a mis, paraît-il, ce sont ses propres compatriotes. Donc vous voyez qu'en matière de méchanceté mutuelle, l'imagination est là depuis quelque temps. »
L'Amitié Judéo-Chrétienne de France publie un communiqué (18 juillet 2020) rappelant que « cette thèse ancienne de la responsabilité du peuple juif dans la mort de Jésus, rejetée depuis des décennies par tous les historiens et exégètes et condamnée par l'ensemble des Églises, a donné naissance […] à un antijudaïsme mortifère et à un antisémitisme dont l'aboutissement fut la Shoah ». Le concile Vatican II avait formellement écarté l'accusation de déicide en 1965 (déclaration Nostra Ætate). Noémie Madar, présidente de l'UEJF, parle d'une « manière inquiétante de raconter l'Histoire ». L'historien Marc Knobel (La Règle du jeu, 2022) y voit « la vieille rengaine du déicide ». Robert Hirsch, historien et membre du Réseau d'actions contre l'antisémitisme (cité par France Info, 2024), parle de référence à « la base la plus ancienne de l'antisémitisme chrétien ».
Le 16 juillet, Mélenchon publie sur Twitter un hommage aux victimes de la rafle du Vel d'Hiv, sans s'excuser ni revenir sur la formule.
Sur son blog, commentant la défaite électorale du Labour de Jeremy Corbyn (mis en cause pour son traitement de l'antisémitisme dans son parti), Mélenchon écrit que Corbyn « a dû subir sans secours la grossière accusation d'antisémitisme à travers le grand rabbin d'Angleterre [Ephraïm Mirvis] et les divers réseaux d'influence du Likoud », et conclut : « Retraite à points, Europe allemande et néolibérale, capitalisme vert, génuflexion devant les ukases arrogants des communautaristes du CRIF : c'est non. »
Francis Kalifat, président du CRIF, dénonce des « propos inadmissibles […] inspirés d'une rhétorique vichyste du complot juif ». Christophe Castaner, ministre de l'Intérieur : propos « choquants et inappropriés ». Gabriel Attal estime qu'ils peuvent rappeler « les thèses infamantes de l'antisémitisme des années 1930 ». Mario Stasi (LICRA) écrit une lettre ouverte (décembre 2019) parlant de « rupture totale avec le socle républicain ». Pierre-Yves Bocquet, dans Slate, écrit : « Mélenchon, je le sais, n'est pas antisémite […] mais quand il parle du CRIF, il résonne comme Corbyn et ses mots sont codés », notant que « génuflexion » et « arrogance » renvoient à des registres précis (Adolphe Willette en 1889, formule controversée de De Gaulle en 1967 sur le « peuple sûr de lui-même et dominateur »).
L'entourage de Mélenchon, interrogé par l'AFP, affirme qu'il s'agit de ne pas se laisser « influencer par des lobbys quels qu'ils soient, financiers ou communautaristes ». Mélenchon lui-même réplique à Castaner sur Twitter en l'accusant de « semer la haine ».
En clôture de l'université d'été du Parti de gauche, dans le contexte de la guerre de Gaza et de manifestations propalestiniennes émaillées d'incidents antisémites en France (synagogues attaquées en juillet), Mélenchon déclare : « La République, c'est le contraire des communautés agressives qui font la leçon au reste du pays. » Il s'en prend également aux « compatriotes qui ont cru être bien inspirés en allant manifester devant l'ambassade d'un pays étranger [Israël] ou servir sous ses couleurs les armes à la main », et lance : « Nous ne croyons pas à un peuple supérieur aux autres. »
Le magazine communautaire Alliance y voit une mise en cause directe des Juifs de France comme « communauté à jeter en pâture ». La Fondapol, dans son analyse de septembre 2022 (« La France insoumise accusée d'antisémitisme : entre faux procès et vrais problèmes »), note que Mélenchon « mobilise l'image du rayon paralysant » et vitupère contre « les communautés agressives qui font la leçon au reste du pays », à propos d'un rassemblement de soutien à Israël devant son ambassade. Le rapprochement avec la formule controversée de De Gaulle en 1967 (« peuple sûr de lui-même et dominateur ») est régulièrement fait par les commentateurs.
LFI et Mélenchon argueront que la cible visée est l'engagement politique de citoyens français pour un État étranger, et non leur judéité. Le contexte (BDS, soutien aux Palestiniens) est mis en avant.
Mélenchon écrit : « Contrairement à ce que dit la propagande de l'officialité, l'antisémitisme reste résiduel en France. Il est en tout cas totalement absent des rassemblements populaires. » Il ajoute : « Le rayon paralysant abusif de l'accusation d'antisémitisme est désormais sans effet. » Le billet est publié alors que le ministère de l'Intérieur a recensé 366 faits antisémites au premier trimestre 2024 (+300 % par rapport au T1 2023), et que le CRIF a comptabilisé 1 676 actes antisémites en 2023 contre 436 en 2022.
Réactions transpartisanes, y compris à gauche : Sandrine Rousseau (EELV) : « L'antisémitisme n'est pas résiduel. Il explose. » Olivier Faure (PS, Sud Radio) : « Une dérive incompréhensible. » Yonathan Arfi (CRIF) sur France Info : « Quand on minimise les actes d'un mouvement antisémite, c'est qu'au fond, l'antisémitisme ne dérange pas. » L'historien Marc Knobel (La Règle du jeu, octobre 2024) parle d'« une déclaration qui interpelle alors même que le nombre d'infractions traitées par la police pour des faits d'antisémitisme ont explosé ». La philosophe Renée Fregosi (JDD, 4 juin 2024) parle d'un « cynisme caractéristique » et d'une « stratégie de détournement du regard ».
L'argumentaire défensif de LFI, relayé notamment par Les Surligneurs, est que Mélenchon n'utilise pas « résiduel » au sens « peu important » mais « pour s'opposer à ceux qui accusent les mouvements propalestiniens de faire monter l'antisémitisme », c'est-à-dire pour battre en brèche la thèse du « nouvel antisémitisme » qui imputerait aux musulmans/quartiers populaires l'antisémitisme contemporain. Le collectif juif décolonial Tsedek, par la voix de Simon Assoun, considère également que « certains propos ont pu être maladroits », mais dénonce un « biais à tous les interpréter pour démontrer que Jean-Luc Mélenchon est antisémite ».
Une marche civique contre l'antisémitisme, à l'initiative des présidents du Sénat (Gérard Larcher) et de l'Assemblée nationale (Yaël Braun-Pivet), réunit l'essentiel des forces politiques le 12 novembre 2023, en réponse à l'explosion des actes antisémites depuis le 7 octobre. LFI ne participe pas, en raison notamment de la présence du RN et du refus des organisateurs d'appeler à un cessez-le-feu à Gaza. Le même jour, Mélenchon écrit sur X : « Les amis du soutien inconditionnel au massacre ont leur rendez-vous » ; puis : « Étrange. Est considérée comme un succès une marche sans la CGT, ni Force ouvrière, ni Solidaires […] Et à part le blanchiment des extrêmes droites qu'ont-ils réussi aujourd'hui ? »
Robert Hirsch (France Info, 2024) : « Beaucoup de participants étaient juifs. Dire cela, c'était les porter à la vindicte. » Le CRIF dénoncera également le contre-rassemblement organisé par LFI place des Martyrs-Juifs-du-Vélodrome-d'Hiver comme une « récupération » mémorielle.
LFI argumente que toute marche tolérant le RN — héritier d'un parti fondé en partie par d'anciens collaborateurs et un ex-Waffen-SS — est délégitimée comme cadre de la lutte antisémite. Mélenchon revendique avoir organisé un rassemblement alternatif « contre l'antisémitisme, les racismes et l'extrême droite ».
Au lendemain des tueries de Mohamed Merah (assassinat de trois militaires à Montauban, puis de trois enfants et d'un enseignant à l'école juive Ozar Hatorah de Toulouse), Mélenchon déclare sur RTL : « Ce type n'est rien, c'est un criminel sanglant, un crétin qui s'en va demander au concessionnaire comment on enlève une pastille électronique. […] N'acceptons pas une seconde de politiser ce que raconte cet idiot. » En juin 2021, sur France Inter / France Info, il revient indirectement sur la séquence : « Vous verrez que dans la dernière semaine de la campagne présidentielle, nous aurons un grave incident ou un meurtre. Ça a été Merah en 2012, ça a été l'attentat la dernière semaine sur les Champs-Élysées [en 2017]. Tout ça, c'est écrit d'avance. »
L'essayiste Illana Weizman (Des Blancs comme les autres ? Les juifs, angle mort de l'antiracisme, 2022, citée par France Info) : « En tuant des personnes, dont des enfants, parce que juives, ses meurtres contiennent un message politique antisémite. Ce type de propos ignorants nous fait passer à côté des mécanismes systémiques de l'antisémitisme. » L'épisode de juin 2021 — qui suggère que des attentats seraient « écrits d'avance » à des fins politiques — est qualifié de « complotiste » par France Bleu et la classe politique, dont le maire LR de Toulouse.
Manuel Bompard (LFI) défend en 2021 une « minable opération pour faire croire que Jean-Luc Mélenchon nie la réalité des attentats terroristes alors qu'il en dénonce l'instrumentalisation politicienne ». Mélenchon dénonce un « buzz affligeant » et « la post-vérité en action ».
Pendant que la présidente de l'Assemblée nationale Yaël Braun-Pivet (petite-fille d'un Juif polonais ayant fui l'antisémitisme dans les années 1930) effectue un déplacement de solidarité en Israël, Mélenchon poste sur X : « Voici la France. Pendant ce temps Madame Braun-Pivet campe à Tel Aviv pour encourager le massacre. Pas au nom du peuple français ! »
Yaël Braun-Pivet, le 23 octobre sur France Inter : « Connaissant un peu Jean-Luc Mélenchon, je suis convaincue qu'effectivement le mot "camper" n'a pas été choisi par hasard […] Je ne comprends pas pourquoi c'est l'identité juive qui ressort. » Marc Knobel (La Règle du jeu, 2024) analyse l'opposition « Voici la France » / Braun-Pivet comme une mise en altérité « insidieuse » qui « flirte dangereusement avec une imagerie historique opposant la France et les Français aux "Juifs" et aux "métèques" ». Critiques transpartisanes : Olivier Véran, Valérie Rabault (« Vos accusations […] sont abjectes »).
Une proche de Mélenchon, citée par Les Surligneurs : « Que le mot "campe" soit pris comme une possibilité d'une référence aux camps de concentration, je ne comprends même pas qu'on puisse envisager ça. » Mélenchon, dans une interview à Orient XXI, expliquera que pour sa génération le « campisme » désigne le positionnement entre blocs Est/Ouest pendant la guerre froide. Il dénonce une « absurde police des mots ».
La députée LFI Danièle Obono déclare sur Radio J « respecter la militante antiraciste » Houria Bouteldja, porte-parole du Parti des Indigènes de la République (PIR), et refuse de qualifier de « racistes » les propos de cette dernière selon lesquels « les Juifs sont les boucliers, les tirailleurs de la politique impérialiste française ». Elle ajoute considérer Houria Bouteldja « comme une camarade ». Le PIR est, par ailleurs, identifié par les organisations antiracistes comme un mouvement aux dérapages antisémites récurrents.
Mario Stasi, président de la LICRA, écrit à Mélenchon (lettre du 6 novembre 2017) lui demandant de clarifier la position de son groupe à l'égard du PIR, qualifié de « groupuscule extrémiste, animé par une doctrine exclusivement vertébrée par le racisme et son obsession des Juifs ». La LICRA estime ensuite, dans une lettre ouverte de décembre 2019, que la promesse mélenchonienne d'une « fraternité d'engagement contre le racisme et l'antisémitisme » est restée « vaine ».
Mélenchon répond dès le 6 novembre 2017 être « en totale opposition avec le PIR depuis son origine ». Il qualifie de « déclaration antisémite avérée » les propos de Bouteldja sur les Juifs comme « boucliers de la politique impérialiste française », et ajoute : « Dans le cas particulier du racisme antisémite, [cette assignation] renvoie à une longue tradition meurtrière dont il faut toujours craindre les résurgences et tout faire contre ce qui y concourt. » Cette défense, prise au sérieux, est l'une des plus claires de Mélenchon sur l'antisémitisme.
Après que le président de l'université de Lille, Régis Bordet, a refusé la tenue d'une conférence de LFI dans les locaux de l'établissement, Mélenchon, lors d'un meeting le 18 avril 2024, fait un parallèle entre lui et Adolf Eichmann, citant le procès de ce dernier : « "Moi je n'ai rien fait", disait Eichmann. "Je n'ai fait qu'obéir à la loi telle qu'elle était dans mon pays." Alors ils disent qu'ils obéissent à la loi et ils mettent en œuvre des mesures immorales qui ne sont justifiées par rien ni personne. » Sylvie Retailleau, ministre de l'Enseignement supérieur, dépose plainte pour injure publique. Mélenchon est entendu par la police le 24 septembre 2024.
L'historien Robert Hirsch (France Info, 2024) considère que la référence à Les Origines du totalitarisme de Hannah Arendt invoquée par Mélenchon ne suffit pas : « C'est pour le moins une relativisation de ce que fut le nazisme. » Fabien Roussel (PCF) parle de « propos excessifs qui discréditent tout le reste ». Marc Knobel inscrit l'épisode dans une série d'usages excessifs de la référence nazie.
Mélenchon revendique une référence intellectuelle au concept arendtien de « banalité du mal » et dénonce, dans son tweet du 22 septembre 2024, une plainte « lancée par une ministre de Macron ».
Après le discours d'Emmanuel Macron au Vel d'Hiv (16 juillet 2017) reconnaissant la responsabilité de la France dans la rafle, Mélenchon écrit : « Déclarer que la France est responsable de la rafle du Vel d'Hiv est […] un franchissement de seuil d'une intensité maximale. […] Jamais, à aucun moment, les Français n'ont fait le choix du meurtre et du crime antisémite ! »
La position de Mélenchon est, sur ce point précis, en rupture avec l'historiographie majoritaire et avec le discours présidentiel français depuis Jacques Chirac (1995), qui a établi la responsabilité de l'État français. Plusieurs commentateurs y voient un alignement sur la lecture mitterrandienne (et antérieurement gaulliste) défendant la fiction d'une France toujours résistante.
Mélenchon distingue la responsabilité de l'État de Vichy de celle, selon lui non engagée, du « peuple français » et de la « nation ». La position est défendable comme thèse politique, mais elle est lue comme une minimisation par les organisations juives.
Quelques heures après le massacre du 7 octobre (1 200 morts dont plus de 800 civils, environ 250 otages), LFI publie un communiqué qualifiant l'attaque d'« offensive armée des forces palestiniennes menée par le Hamas » qui « intervient dans un contexte d'intensification de la politique d'occupation israélienne ». Mélenchon poste sur X : « Toute la violence déchaînée contre Israël et à Gaza ne prouve qu'une chose : la violence ne produit et ne reproduit qu'elle-même. » Plusieurs cadres LFI refusent dans les jours qui suivent de qualifier le Hamas d'« organisation terroriste » (qualification pourtant officielle de l'Union européenne depuis 2001), préférant « crimes de guerre ».
Réactions immédiates au sein de la NUPES : Jérôme Guedj (PS) « abasourdi, dégoûté » ; Valérie Rabault (PS) sur X : « Que certains à gauche parlent du Hamas comme "des forces armées palestiniennes" me dégoûte. Le Hamas est une organisation terroriste. » Robert Hirsch parle de « dérapages importants ». Yonathan Arfi (CRIF) : « Quand on minimise les actes d'un mouvement antisémite, c'est qu'au fond, l'antisémitisme ne dérange pas. » Le 7 octobre 2024, soit un an plus tard, LFI utilisera pour la première fois le terme « acte terroriste ».
Manuel Bompard, dès le 9 octobre 2023, exprime une « condamnation totale » et qualifie les actes du Hamas de « crimes de guerre » au sens du droit international. LFI avance que la qualification juridique de « crime de guerre » est plus précise et opérationnelle que la qualification politique de « terrorisme ».
Cette section, bien que brève par construction, est essentielle à l'honnêteté du dossier.
Aucune décision de justice n'a établi un caractère antisémite de ses propos. Le média de fact-checking Les Surligneurs, qui a passé en revue les principales déclarations en juin 2024, conclut que « qualifier Jean-Luc Mélenchon d'antisémite sur la base de ses déclarations publiques est sans doute excessif, ce qui ne doit pas empêcher de critiquer ou de dénoncer les propos ambigus du patron de La France Insoumise ». Pierre Birnbaum, historien de référence sur les Juifs de France, déclare : « Je ne pense pas qu'il soit antisémite, mais il utilise des métaphores très dangereuses qui lui viennent spontanément. Mélenchon est très prudent, il est toujours à la limite. »
Plusieurs des accusations les plus appuyées émanent d'adversaires politiques directs (Macronie, droite, RN), dont l'intérêt est de disqualifier la NUPES/Nouveau Front populaire. Le directeur du Point Étienne Gernelle a explicitement comparé Mélenchon à Jean-Marie Le Pen, comparaison qui ne résiste à aucune analyse historique sérieuse. Le RN, quant à lui, pratique une stratégie active de déplacement de l'accusation d'antisémitisme vers la gauche (cf. l'analyse de Jean-Yves Camus dans La Grande Conversation).
LFI a soutenu de nombreuses initiatives contre les discriminations, les violences policières racistes, et a co-organisé des marches contre l'islamophobie. Le programme de Mélenchon (2012, 2017, 2022) inclut systématiquement des dispositions anti-discrimination. La réponse claire à la LICRA en novembre 2017 sur Houria Bouteldja, ou la rupture avec Dieudonné en son temps, sont à porter au dossier.
Le collectif juif décolonial Tsedek, par la voix de Simon Assoun, défend Mélenchon : « Certains propos ont pu être maladroits. Mais il y a un biais à tous les interpréter pour démontrer que Jean-Luc Mélenchon est antisémite. » L'historien Jean-Numa Ducange, lui-même juif, considère qu'il s'agit moins d'antisémitisme que d'une « stratégie politique de clash permanent ». Ces voix existent et elles ne sont pas négligeables.
L'argument selon lequel l'antisémitisme contemporain serait essentiellement le fait des musulmans / quartiers populaires, et non plus de l'extrême droite, est une thèse politique discutée parmi les chercheurs. La CNCDH (Commission nationale consultative des droits de l'Homme), dans plusieurs rapports, nuance cette thèse. Mélenchon s'inscrit dans cette critique, qui est légitime en soi — même si la formulation « antisémitisme résiduel » est unanimement jugée maladroite voire choquante.